Au premier semestre 2024, les start-up technologiques belges avaient déjà capté près de 470 millions d’euros, dépassant le total annuel de 2023. Cette accélération des investissements, portée en grande partie par des capitaux venus de l’étranger, redessine l’écosystème belge. Mais un nouveau paramètre entre en jeu : le durcissement du cadre européen de filtrage des investissements étrangers, adopté en 2026, qui modifie les conditions d’accès au marché pour les fonds non européens.
Capitaux étrangers dans les start-up belges : les données clés
Depuis 2020, les investisseurs étrangers représentent en moyenne 66 % des financements levés par les start-up tech belges. Cette proportion, nettement supérieure à celle observée dans plusieurs pays voisins, traduit un positionnement singulier : la Belgique attire des capitaux qu’elle ne génère pas encore suffisamment en interne.
| Indicateur | 2023 | Premier semestre 2024 |
|---|---|---|
| Fonds levés par les start-up tech belges | 424 millions d’euros | Près de 470 millions d’euros |
| Part moyenne des investisseurs étrangers (depuis 2020) | 66 % | |
| IDE totaux en Belgique (tous secteurs) | 214 projets | 210 projets (année complète 2024) |
| Emplois créés par les IDE | En baisse de 39 % | 5 392 emplois (+10 %) |
Le baromètre EY 2025 confirme que la Belgique conserve sa 8e place européenne en matière d’investissements directs étrangers, avec 210 projets en 2024. Les États-Unis ont repris leur rang de premier investisseur dans le pays.

Screening des investissements étrangers : ce qui change pour les start-up belges en 2026
L’Union européenne a adopté en juillet 2026 une nouvelle réglementation qui impose à chaque État membre un mécanisme national de screening des investissements étrangers. La Belgique, via son Comité interfédéral de filtrage, a d’ailleurs émis sa première interdiction d’un investissement étranger en août 2026, selon Van Bael & Bellis.
Ce durcissement touche directement les start-up qui cherchent des capitaux hors UE. Les fonds américains ou asiatiques doivent désormais passer par un processus d’approbation plus lourd, ce qui allonge les délais de closing et introduit une incertitude juridique dans les tours de table.
Trois conséquences concrètes se dessinent pour les fondateurs :
- Les levées impliquant un investisseur non européen nécessitent une notification préalable au Comité interfédéral, avec un délai d’examen qui peut atteindre plusieurs mois
- Les secteurs considérés comme stratégiques (intelligence artificielle, biotechnologies, cybersécurité) font l’objet d’un examen renforcé, ce qui concerne une part significative des start-up tech belges
- Les fonds de capital-risque européens pourraient bénéficier d’un avantage compétitif relatif, puisqu’ils ne sont pas soumis au même filtrage
Intelligence artificielle et biotech : les secteurs qui concentrent les capitaux étrangers
Plus de 70 % des capitaux investis dans les start-up tech belges au premier semestre 2024 concernaient le domaine de l’intelligence artificielle. Cette concentration sectorielle explique en partie l’attrait des investisseurs étrangers : les fonds spécialisés en IA, souvent basés aux États-Unis, recherchent activement des pépites européennes à des valorisations encore inférieures à celles du marché américain.
Le rapport State of Belgian Tech 2024, réalisé par Syndicate One, Bain & Company et Sofina, souligne que l’écosystème belge entre dans une phase de maturation. Il ne s’agit plus de start-up isolées mais d’un tissu de relations entre fondateurs, investisseurs et structures d’accompagnement qui se densifie.
En revanche, un déséquilibre persiste dans les phases de financement. Les tours d’amorçage trouvent preneurs assez facilement, mais le financement des phases de croissance reste le maillon faible de l’écosystème belge. C’est précisément à ce stade que les investisseurs étrangers interviennent massivement, faute de fonds locaux de taille suffisante.

Fiscalité belge sur les plus-values : un signal pour les investisseurs étrangers
La Belgique a introduit en 2026 une taxe sur les plus-values financières, un changement notable pour un pays longtemps considéré comme un paradis fiscal sur ce point. Les autorités fiscales ont publié des orientations administratives fin juillet 2026, selon Deloitte et KPMG.
Cette nouvelle donne fiscale pourrait, à première lecture, freiner l’appétit des investisseurs. L’analyse des premières orientations publiées montre que la Belgique reste compétitive pour les détenteurs de participations substantielles, selon Bird & Bird. Le régime fiscal conserve des mécanismes attractifs pour les holdings et les structures de capital-risque établies dans le pays.
Pour les start-up en quête de financement, l’enjeu est double. D’un côté, la taxe sur les plus-values peut décourager certains business angels locaux. De l’autre, les fonds étrangers structurés via des véhicules d’investissement européens restent largement protégés par les conventions fiscales bilatérales.
Disparités régionales : Flandre, Wallonie et Bruxelles face aux investisseurs
Le rapport State of Belgian Tech 2024 pointe des disparités régionales marquées dans la répartition des investissements. La Flandre capte la majorité des tours de table, Bruxelles concentre les sièges de fonds et les structures d’accompagnement, tandis que la Wallonie présente un potentiel qualifié d’inexploité.
La fragmentation institutionnelle et culturelle belge complique la lecture pour un investisseur étranger habitué à traiter avec un interlocuteur national unique. Les compétences en matière d’innovation sont réparties entre régions et communautés, ce qui multiplie les guichets et les dispositifs d’aide.
La pénurie de talents technologiques, mentionnée comme un défi structurel par le même rapport, touche l’ensemble du territoire mais frappe plus durement les zones situées en dehors des pôles universitaires flamands et bruxellois. Un investisseur qui finance une start-up wallonne doit intégrer ce paramètre dans son analyse de risque.
L’écosystème belge des start-up se trouve à un carrefour. Les capitaux étrangers continuent d’affluer, mais les nouvelles règles de screening, la fiscalité sur les plus-values et les fragilités structurelles du financement en phase de croissance redessinent les conditions d’accès. Les fondateurs qui maîtrisent ces paramètres réglementaires et fiscaux auront un avantage concret dans leurs prochaines négociations avec des investisseurs internationaux.

