Un salarié sur cinq télétravaille au moins une fois par mois en France. Ce chiffre ne progresse plus vraiment depuis 2024, mais ses effets sur les espaces de coworking, eux, continuent de se faire sentir. Le télétravail a atteint un palier, et c’est précisément ce palier qui redessine le rôle des lieux de travail partagés.
Télétravail stabilisé : ce que la moyenne de 1,9 jour par semaine change pour le coworking
La moyenne française du télétravail se situe autour de 1,9 jour par semaine pour les salariés concernés. Ce n’est ni un boom, ni un reflux. C’est un régime de croisière.
Cette stabilisation a une conséquence directe pour les espaces de coworking. Les entreprises ne cherchent plus des solutions d’urgence comme en 2020. Elles intègrent le travail hybride dans leur organisation à long terme, ce qui modifie la demande.
Vous avez déjà remarqué qu’un coworking en semaine n’est pas rempli de la même façon le lundi et le mercredi ? Les pics de fréquentation varient selon les jours de télétravail fixés par chaque entreprise. Les mardis et jeudis, quand beaucoup de salariés sont rappelés au bureau, les coworkings accueillent davantage de freelances. Les lundis et vendredis, ce sont les salariés en télétravail hybride qui occupent les postes.
Ce rythme régulier permet aux gestionnaires d’espaces de coworking de mieux planifier leurs ressources. Mais il impose aussi de repenser les formules d’abonnement, les horaires d’ouverture et la taille des espaces disponibles.

Du poste de travail à l’espace de lien : la mutation concrète des coworkings
Une étude CBRE publiée en 2026 documente un virage marqué dans l’aménagement des bureaux d’entreprise. Les surfaces dédiées aux échanges informels et à la socialisation (appelées « amenity spaces ») ont augmenté de 120 %. Dans le même temps, la part des postes individuels est passée de 56 % à 35 % des surfaces, avec une montée en puissance du desk sharing.
Pourquoi parler de bureaux d’entreprise dans un article sur le coworking ? Parce que les bureaux classiques se rapprochent du modèle des espaces de coworking. Quand une entreprise réduit ses postes fixes et multiplie les zones de rencontre, elle adopte exactement la logique que les coworkings pratiquent depuis des années.
Ce mouvement crée une complémentarité nouvelle. L’entreprise garde des locaux, mais les conçoit comme des lieux de rassemblement. Le coworking, lui, devient le relais pour le travail concentré ou la proximité géographique.
Ce que cela change pour les utilisateurs
Un salarié en télétravail hybride peut travailler depuis chez lui, rejoindre un coworking proche de son domicile deux jours par semaine, et se rendre au siège pour les réunions d’équipe. Le coworking occupe désormais une place fixe dans l’organisation du travail hybride, pas un rôle de dépannage.
Les espaces de coworking qui l’ont compris investissent dans des salles de visioconférence, des cabines téléphoniques et des zones calmes. Le poste de travail nu avec une connexion wifi ne suffit plus. Les collaborateurs qui viennent en coworking cherchent un environnement professionnel complet, pas un simple bureau de passage.
Coworking en centre-ville et en périphérie : deux dynamiques distinctes
La répartition géographique des espaces de coworking évolue avec le télétravail. En Île-de-France, les bureaux vacants dans les quartiers d’affaires alimentent une offre de coworking croissante. Certains opérateurs absorbent des surfaces libérées par des entreprises qui réduisent leur empreinte immobilière.
En parallèle, les centres-villes de villes moyennes voient apparaître des tiers-lieux qui combinent coworking, ateliers partagés et services de proximité. Ces espaces jouent un rôle différent : ils répondent au besoin de travailler près de chez soi sans s’isoler à domicile.
Les profils qui fréquentent ces deux types d’espaces ne se ressemblent pas :
- En métropole, les coworkings accueillent des équipes de startups, des consultants et des salariés de grands groupes en mode hybride, souvent sur des formules mensuelles
- En ville moyenne, la clientèle mêle indépendants, télétravailleurs occasionnels et porteurs de projet locaux, avec des passages plus ponctuels
- Dans les zones rurales ou périurbaines, les tiers-lieux servent aussi de lieux de formation et de rencontre, ce qui les rend viables économiquement malgré une demande plus faible en postes de travail

Flexibilité et culture d’entreprise : le vrai sujet derrière le coworking
Beaucoup d’entreprises hésitent encore à intégrer le coworking dans leur politique de travail. Le frein principal n’est pas le budget. C’est la culture managériale.
Autoriser un salarié à travailler depuis un espace partagé extérieur suppose de lui faire confiance sur ses horaires, ses résultats et son autonomie. Le coworking fonctionne quand l’entreprise pilote par les résultats, pas par la présence.
Certaines organisations françaises commencent à négocier des accords incluant explicitement le recours à des tiers-lieux. L’accord relatif au télétravail dans la fonction publique, en vigueur depuis 2021, a ouvert la voie à cette réflexion, même si la pratique reste inégale selon les administrations.
Ce que les salariés y gagnent concrètement
- Un temps de trajet réduit les jours où le bureau central est trop éloigné, ce qui améliore l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle
- Un cadre de travail structuré qui limite les distractions du domicile (enfants, livraisons, bruits de voisinage)
- Des rencontres avec d’autres professionnels en dehors de leur entreprise, ce qui ouvre des perspectives que le bureau classique ne permet pas
- Un accès à des équipements professionnels (imprimantes, salles de réunion, connexion haut débit) sans investissement personnel
La productivité en coworking dépend fortement de l’espace choisi et de l’usage qu’on en fait. Un salarié qui vient y travailler au calme sur un dossier complexe n’a pas les mêmes attentes qu’un indépendant qui cherche du réseau. Le choix du coworking doit correspondre à un besoin précis, pas à une tendance.
Le télétravail ne disparaîtra pas, et les espaces de coworking non plus. Leur avenir commun dépend de la capacité des entreprises à sortir du schéma binaire bureau/domicile. Le troisième lieu, celui où l’on travaille bien sans être ni chez soi ni au siège, reste un outil sous-exploité dans la plupart des organisations françaises.

